Station 06 · La sucrerie
Chaudières et foyers
En attendant l’audio, la station se lit ci-dessous.
Vous vous trouvez ici au cœur de la sucrerie : l’espace des chaudières et des foyers.
Après le passage au moulin, le jus de canne, appelé vesou, arrivait dans cette zone. Ce liquide était composé à près de 90 % d’eau, mêlée au sucre et à des matières épaisses appelées mucilages, qui empêchaient toute cristallisation.
Transformer le vesou en sucre ne consistait donc pas seulement à le faire bouillir. Il fallait à la fois évaporer l’eau et éliminer ces matières indésirables.
La fabrication s’effectuait par passages successifs dans différentes chaudières, disposées en enfilade. Chaque chaudière correspondait à un stade précis de la cuisson.
La première, appelée la Grande, portait le vesou à ébullition. Vient ensuite la Propre, où l’on ajoutait une lessive d’eau de chaux, parfois mélangée à certaines herbes. Cette lessive permettait d’alcaliniser le jus et de faire remonter les impuretés à la surface.
Le vesou passait ensuite dans le Grand Flambeau, puis dans le Petit Flambeau, où la cuisson s’intensifiait. À chaque étape, les écumes de mucilage étaient retirées avec soin.
La dernière chaudière, appelée la Sirop, permettait d’atteindre la concentration nécessaire à la cristallisation. Le liquide était ensuite versé dans des bacs de refroidissement, appelés rafraîchissoirs.
À l’origine, chaque chaudière était chauffée par un foyer indépendant. Le feu devait être de plus en plus vif à mesure que l’on avançait dans la cuite. Ces foyers étaient alimentés en bois, mais aussi en bagasse, le résidu sec de la canne à sucre.
Ce processus a été largement transformé et démocratisé en Martinique par le dominicain Père Labat. Il fit évoluer l’organisation du système de chauffe en passant d’un foyer par chaudière à un foyer unique alimentant l’ensemble de la batterie. Cette amélioration permettait une meilleure maîtrise de la chaleur, une économie de combustible et une production plus efficace.
Le dosage de la lessive, la gestion du feu et le moment du passage d’une chaudière à l’autre relevaient d’un savoir-faire très précis. Une erreur de température ou de dosage pouvait compromettre toute une cuite.
Les vestiges que vous observez aujourd’hui témoignent de cette organisation rigoureuse, où le feu, l’eau, la chaux et l’expérience humaine devaient être parfaitement maîtrisés pour produire le sucre.
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